Un chasseur d’images amateur à la fin de l’hiver 2020-2021

A la mi-février, pour le département de la Vienne, l’obligation du port du masque est prolongée jusqu’au 31 mars 2021, à l’exception des espaces non urbanisés. Au cours des dernières semaines de l’hiver, le chasseur d’images amateur va rechercher ces rares zones dans la ville de Châtellerault et les abords immédiats s’offrant ainsi la possibilité d’ôter le masque chirurgical bleu. Respectant le couvre-feu avancé à 18 h 00 depuis le 16 janvier, il n’a aucunement besoin de générer une attestation de déplacement dérogatoire. Par ailleurs, lors de cette période ensoleillée, son souci constant sera de s’éloigner de ses congénères pour observer en toute quiétude les oiseaux et autres manifestations de la nature.

Ce souci aura pour conséquence un abandon progressif du site de la Manu et des rives de la Vienne en aval du pont Henri IV où les Châtelleraudais sont de plus en plus nombreux. Après une fréquentation régulière du lac et de la forêt domaniale, il va mettre le cap plus au sud en rejoignant le centre de loisirs de Beaumont-Saint-Cyr et Chauvigny.

Auparavant, le 17 février, il retourne toutefois sur le site de la Manu où les voies de circulation longeant le canal font l’objet d’un nettoyage à la suite de l’inondation du 3. Très tôt, au début de l’après-midi, la femelle martin-pêcheur se montre dans un arbuste en bordure de la confluence de l’Envigne et de la Vienne. Il n’aura pas l’occasion de la revoir avant l’arrivée du printemps. Selon un spécialiste de la LPO, la turbidité de l’eau, gênant son activité de pêche, explique son absence prolongée. Le jardin du directeur accueille les premiers papillons : un citron et un paon de jour. L’arrivée d’un groupe de jeunes « se posant » sur l’aire de pique-nique à l’extrémité sud, met fin à son observation. Ils s’accordent un moment de repos après un passage au skate-park alors très fréquenté.

Jusqu’à la fin de février, le lac et la forêt lui fournissent un moment de répit, très vite écourté. A l’ouest de la pièce d’eau, la rive, la prairie et l’orée du bois sont particulièrement animées : s’y retrouvent geai des chênes, pinson, mésange, rouge-gorge. Le long d’un chemin forestier, à l’arrière des concessions automobiles, un écureuil roux s’amuse dans les hautes branches avec pour voisine, une sittelle torchepot. Dès le 23 février, des papillons se manifestent : grande tortue et vulcain notamment. Outre les promeneurs de chiens, randonneurs, vététistes, pilotes de quad et autres engins motorisés troublent ses sorties. En plus, quelques écoles voisines y ont délocalisé leurs activités sportives.

Au début du mois de mars, il prospecte avec bénéfice les bosquets du quartier est des Renardières en aval du pont Maréchal Lyautey. Sittelle torchepot, grimpereau et pic épeiche y côtoient pinson, mésange, pouillot et rouge-gorge dans des arbres survolés par des corbeaux croassant sans interruption. Le dimanche 14 mars, des pêcheurs et leurs voitures stationnées au bord de la rivière l’obligeront à faire demi-tour. Il en sera de même le mercredi suivant avec le passage d’une tondeuse tractée le long de la rue Charles Plessard.

Le premier samedi de ce même mois, la recherche de nouveaux volatiles le conduit, en famille, au centre de loisirs de Beaumont-Saint-Cyr. Il n’est pas le seul à avoir eu cette idée. Plusieurs familles s’y retrouvent notamment pour déjeuner en plein air. Des enfants un peu bruyants troublent sa visite de la réserve ornithologique, zone interdite à la promenade de River et donc de sa maîtresse. Malgré tout, vanneaux et grèbes, tous huppés, y sont observés. Un prunier en fleurs y accueille quelques insectes dont un vulcain. 

Le 19 mars, une très courte excursion au nord de Châtellerault, en compagnie de Jean Langoumois, marquera la fin de l’hiver avec la manifestation de quelques hérons garde-bœufs à Antran.

Après l’apparition de quelques fleurs, le changement de saison sera marqué par de nouvelles mesures de freinage concernant seize départements pour un mois. Maintenu sur l’ensemble de la France, le couvre-feu sera décalé à 19 heures à partir du 20 mars.

 

Denis Lemaître

Un chasseur d’images amateur au milieu de l’hiver 2020-2021

A la mi-janvier, la préfète de la Vienne proroge jusqu’au 15 février 2021 inclus l’arrêté portant obligation du port du masque pour toute personne de onze ans et plus sur l’ensemble du territoire départemental, à l’exception des espaces non urbanisés. Une semaine plus tard, le port du masque artisanal en tissu est déconseillé. Pour le chasseur d’images, les masques bleus chirurgicaux remplacent ceux cousus par l’épouse, aux couleurs plus chatoyantes.  Le 8 février, les masques en tissu seront interdits dans les établissements scolaires.

Au début de l’année 2021, quittant la rive orientale de la Vienne aux environs du site de la Manu quasi-désertés consécutivement à une forte montée des eaux (le 13 janvier, un cormoran assure seul la garde sur le terre-plein central Edf), le photographe amateur, toujours masqué, rejoint la rive gauche de la Vienne en prenant la direction du Nord.

Depuis le quai Alsace-Lorraine, il inspecte la rive occidentale de l’île Cognet avant de parcourir le pré de l’Assesseur et d’emprunter la promenade des Acadiens jusqu’à l’ancien pont de chemin de fer de Loudun. Sa déambulation sur la piste cyclable lui offre des vues sur l’arrière des maisons bordant la rue d’Antran et sur la rive ouest de l’île Sainte-Catherine.

En aval du pont Henri IV, outre une bergeronnette grise, les colverts occupent en nombre la rive alors abandonnée par les pêcheurs. Une nette rousse, un fuligule et un canard domestique les accompagnent. Profitant de l’absence des kayakistes, les canards s’efforcent d’animer le plan d’eau aménagé et ses abords immédiats. La nuit, ils sont relevés par des castors d’Europe qui marquent leur présence sur les arbres de l’île Cognet. La submersion des lieux, au début du mois de février, les dérangera dans leur œuvre.

Dans le pré de l’Assesseur, aux tables de pique-nique occupées par les maîtres de quelques chiens s’y défoulant sans laisse, une observation attentive des buissons bordant le mur du garage Toyota, lui permet de repérer un accenteur mouchet, un roitelet triple-bandeau, un troglodyte mignon, un rouge-gorge et une mésange charbonnière.

Plus au nord, l’île Sainte-Catherine paraît plus calme. Un héron cendré y est toutefois repéré le 10 janvier, tandis qu’une dizaine de cormorans occupent la cime d’un arbre à l’extrémité sud de l’île. Au milieu du mois de janvier, certains prendront le soleil sur une petite plage rocailleuse.

Au même niveau, dans les jardins jouxtant les maisons de la rue d’Antran, trois mangeoires attirent de nombreux passereaux : moineaux, mésanges, pinsons des arbres. Leurs faits et gestes sont dangereusement surveillés par un chat.

De tels dispositifs existent également à la résidence du photographe et dans les jardins voisins avec les mêmes conséquences. Merles noirs et étourneaux participent alors au festin.

Au milieu du mois de janvier, quelques sorties au Lac et à la forêt domaniale apportent son lot de surprises avec quelques habitués des sous-bois : geais des chênes, pics épeiches, grimpereaux, sittelles torchepots et roitelets.

Des chevreuils se montreront aux yeux du chasseur d’images lors du premier dimanche de février.

Une mare, au nord du lac, connaît une belle activité en offrant aux chardonnerets, mésanges et fauvettes les possibilités de se désaltérer et se baigner.  Des verdiers et des pinsons des arbres les y rejoindront le 7 février.

 

Au cours de la dernière semaine de janvier, un nouveau phénomène est constaté sur le site de la Manu. Le jardin du directeur et les abords du canal sont envahis par les lycéens de Berthelot qui, interdits d’activités physiques à l’intérieur, viennent, pour certains, y courir. Leurs déplacements bruyants gênent l’observations des oiseaux en bordure des plans d’eau. Le 3 février, une brusque montée des eaux mettra momentanément un arrêt à cette nouvelle pratique.

 

Après avoir, un temps, retrouvé leur poste favori au milieu de la confluence de l’Envigne avec la Vienne, les martins-pêcheurs se font à nouveau discrets.    Au contraire, les colverts, privés du terre-plein central de l’usine Edf submergé, occupent en force les lieux. Des oies et d’autres canards (mandarins) se joignent à eux.

 

Les colverts rejoignent parfois précipitamment les berges à la suite de mouvements menaçants en profondeur de gros poissons (silures). Cette fuite est ponctuée du coin-coin des femelles. Le 26 janvier, un écureuil gambade dans la prairie au sud de L’Envigne.

Le mois de janvier se termine avec le report inattendu d’un nouveau reconfinement serré ou hybride.

Denis Lemaître

Un chasseur d’images amateur et les fêtes de fin d’année 2020

Les illuminations de la ville à Châtellerault et des déplacements à Chauvigny marquent la fin d’année 2020 du chasseur d’images amateur.

A part le couvre-feu institué, le 15 décembre 2020, de 20 h 00 à 6 h 00 (jusqu’au 15 janvier 2021 inclus), le photographe, encore porteur d’un masque artisanal en tissu aux motifs de Noël (le port est toujours obligatoire en zones urbanisées,) est libre de ses mouvements. Outre les abords de la Vienne, ses pas le conduisent au centre-ville dans la journée et à la tombée de la nuit.

A Châtellerault, le 17 décembre 2020, les arbres dénudés de la rue du 11 novembre abritent plusieurs passereaux : mésanges et pouillots véloces. Le lendemain, l’arbre isolé de la place Emile Zola accueille une mésange charbonnière et un pinson des arbres. Le même jour, les toits de la place Dupleix sont occupés par quelques dizaines de pigeons bisets profitant des rayons du soleil hivernal.

Depuis plus d’une semaine, la place Emile Zola et son arbre sont décorés. Les illuminations seront immortalisées le 19 en même temps que celles de l’hôtel de ville, éclairé depuis le 12. En cette période où seuls les commerces essentiels sont ouverts, quelques vitrines sont particulièrement mises en valeur.

Contrairement aux années précédentes, l’esplanade François Mitterrand n’accueille pas de patinoire extérieure, la place est seulement occupée par les chalets d’un marché de Noël. Pour éviter un brassage trop important de population, la déambulation traditionnelle est supprimée à quelques jours de cette fête.

La ville de Chauvigny est également illuminée. L’hôtel de ville, le château, l’église Notre-Dame et d’autres monuments y sont éclairés.

Quelques allées et venues dans cette commune, au village de Pouzioux, offrent l’opportunité de nouvelles découvertes.

Le 19 décembre, sur le chemin du retour, lors d’un arrêt sur les bords d’un étang de Bonnes, deux grandes aigrettes sont repérées en compagnie d’un héron cendré et de quelques colverts.

A la fin du mois de décembre, la campagne chauvinoise aux arbres aussi dénudés, parcourue en compagnie de River, est animée par des mésanges, pinsons des arbres et accenteurs mouchets. Les sous-bois de la Fouillarde, aux orées fleuries d’ajoncs, abritent des constructions à l’usage indéterminé. En bordure d’un chemin y conduisant, un hellébore fétide est repéré. Une espèce de cette plante vivace est appelée rose de Noël.

Le 1er janvier 2021, après un rapide échange de vœux à Pouzioux, la présence de deux chevreuils agrémente le retour lors de la traversée de la commune de Bellefonds. Quelques minutes plus tard, une importante colonie d’hérons garde-bœufs impose une seconde halte.

Au cours de cette période, la résidence du photographe reçoit quelques visiteurs habituels : moineaux, merles noirs, mésanges charbonnières et bleues et étourneaux. De l’autre côté de la rue, un pigeon ramier, un merle noir et un rouge-gorge sont aperçus dans le parc Aristide Briand. Également présents dans ce parc, de nombreux étourneaux occupent la cime des arbres de la place de Castellon de la Plana.  Au milieu de la Vienne, seuls les cormorans ornent les arbres effeuillés du terre-plein de l’usine Edf. Ils forment une guirlande de Noël. Canards et cygnes ont abandonné les lieux. Les colverts restent présents uniquement autour de la mare du square Gambetta.

Oiseaux, plantes et illuminations accompagnent ainsi le photographe lors de la transition entre une année bouleversée et une autre incertaine. Une certitude l’habite toutefois, il retrouvera, en 2021, ces amis ailés en ville et en campagne.

Denis Lemaître

Mystère à Châtellerault

C’était en automne, nous étions en confinement saison 2, et les feuilles d’attestation se ramassaient toujours à la pelle, quelques masques aussi. Notre chasseur d’images s’était levé de bon matin, au chant du coq. Après s’être couvert le minois d’un masque, désinfecté les mains au GHAB (Gel Hydro Alcoolique Bio), muni de l’attestation ad hoc sur papier recyclé, il était parti gaillardement dans la limite du kilomètre gouvernemental et des soixante minutes tolérées, vers les bords de Vienne avec son appareil photo, le zoom déjà armé, prêt à saisir le moindre détail des plumes du  premier moineau qui se présenterait. Le temps étant compté, la distance restreinte, c’est donc au pas de charge qu’il franchit le pont Camille de Hogues, puis parcourt à grandes enjambées les  allées de la Manu, longe le canal pour aller rejoindre son endroit préféré : le calme et bucolique confluent de la Vienne et de l’Envigne où il va pouvoir exercer son art photographique.
Mais là, quelle surprise, aucun gazouillis ! Nul volatile à l’horizon, pas la plus petite aigrette garzette posée sur le tapis flottant de jussie rampante, et pas un oiseau sur la Vienne non plus ! Sur les branches, pas la moindre mésange bleue avec son petit gilet jaune que notre chasseur affectionne tant. Même Martin le pêcheur, son fidèle compagnon de prises de vues, est absent. Il n’y a plus personne pour pêcher le gardon ou chasser dans la vase : avant c’était open bar, désormais ça ressemble à une fermeture administrative ! Le photographe se déplace le cœur battant, observe les quais, les arbres, le barrage, même le ciel est vide, pas de zoziaux… Notre chasseur n’en croit pas ses lunettes, il les retire, les essuie, se dit qu’elles se sont certainement embuées à cause de ce fichu masque en tissu lavable vingt fois, pourtant amoureusement confectionné par sa tendre épouse entre deux parties de bridge. Ah ! Si seulement il avait pu s’offrir un FFP2 avec sa précieuse cartouche filtrante ! Il faut se rendre à l’évidence, les lunettes vont bien, les yeux aussi, mais tous les oiseaux ont disparu ! Il se dit qu’ils auraient pu le prévenir, juste une petite missive portée par un pigeon voyageur, voire une lettre anonyme, les corbeaux sont experts en ce domaine.
Après tout, même si l’horaire était un peu matinal, ils auraient pu lui proposer – sous dérogation – un Skype apéro ou un Face Time sur WhatsApp pour partager quelques graines salées avec un jus de houblon frais et mousseux.
Se seraient-ils eux-mêmes confinés après avoir entendu l’impressionnante voix de stentor du premier de nos ministres ? Notre chasseur court alors vers le pigeonnier en bois du bord de Vienne, hèle la gent ailée, frappe contre les planches… Point de réponse. Si c’est une farce, il sait qui en est le dindon. S’il trouve le responsable de cette mauvaise plaisanterie, il va lui voler dans les plumes, et ils vont échanger quelques noms d’oiseaux ! Il comprend alors qu’il s’est fait pigeonner ! Il s’inquiète toutefois de leur santé, se seraient-ils contaminés les uns les autres ? Le héron cendré aurait-il perdu le goût du poisson et l’odorat pour rechercher les vermisseaux dans la vasière ? Il se demande si une aigrette imprudente et étourdie n’aurait pas éternué dans un transport en commun, en oubliant de mettre son bec dans le creux de son aile ? Les choucas auraient-ils oublié la distanciation aviaire ? Pourtant, ils le savent qu’il faut respecter le mètre. Lemaître aussi d’ailleurs !
Les cormorans se seraient-ils perchés à plus de six pour prendre leur repas de poissons dans leur arbre préféré sur les quais ? Les mouettes auraient-elles négligé de se rincer les palmes avec du gel hydro alcoolique ? Pourtant, le panneau du point d’information tout proche rue Jean Monnet précise bien les gestes barrières à respecter !
Dans le doute, il saisit son téléphone pour vérifier sur les réseaux sociaux si quelque volatile syndiqué n’aurait pas appelé à une manifestation devant la mairie, à quelque transhumance vers une autre zone humide réputée sans virus… mais rien, pas le moindre commentaire, ni tweet, ni like sur le sujet. Inquiet en cette période anxiogène, il songe à contacter la gendarmerie pour déclencher le plan épervier.
Il espère cependant que ses chers oiseaux ont bien activé « TousAntiCovid » sur leur portable. Il va sur le site du ministère de l’Environnement pour voir si quelque directive d’un érudit énarque bobo parisien aurait interdit les abords de rivière à ses volatiles préférés. Barbara n’a rien écrit, Nicolas le mulot non plus. Fichtre ! Mais qu’est-ce donc que cette désertion ? Il finit par émettre plusieurs hypothèses : tous ses amis ailés s’étaient peut-être réunis à quelques tirées d’aile d’ici, et puis tombe l’improbable message gouvernemental qui les bloque là où ils sont, sans doute bien au-delà de ce kilomètre réglementaire. Mais ils pourraient aller sur le site gouv.fr, imprimer une attestation, la remplir en deux coups de plume et revenir ici en cochant la case dérogatoire « satisfaire ses besoins alimentaires » ! Il se dit que ses oiseaux ne sont pas des contrevenants prêts à sortir en dehors du respect des règles sanitaires vétérinaires.

Pas le genre de délinquants qui pourraient être verbalisés de 135 grammes de graines pour ne pas avoir rempli leur attestation ou avoir négligemment porté le masque sous le bec. Peut-être que l’un d’entre eux a volé jusqu’au parc du Verger pour se faire introduire, en faisant la grimace, un écouvillon au fond du bec, et si le résultat fut positif tous ses congénères se sont retrouvés cas-contact isolés en quatorzaine dans leur nichoir ! Il réfléchit et se dit qu’ils sont peut-être rentrés chez eux pour faire du télétravail sur la table du salon tout en gardant leurs petits. Ou alors ils sont allés remplir un caddie de pâtes et de papier toilette.
Il pense surtout à ses publications et se dit que c’est le chant du cygne pour la suite de sa série d’articles sur les oiseaux. Ah ! S’il osait, il appellerait bien Raoul, le professeur pour savoir si tous ces vilains petits canards n’auraient pas effectué un rapide vol aller – retour en escadrille jusqu’à Marseille pour quérir, à titre préventif, quelques boîtes d’hydroxy chloroquine. Il pense même à contacter l’Agence Régionale de Santé afin de vérifier si la région n’a pas été placée dans un confinement aviaire renforcé.
Une sonnerie retentit, notre chasseur d’images tend le bras et arrête le bruit strident sur sa table de nuit… Il se réveille haletant, après un affreux cauchemar, et reprend ses esprits. Il est soulagé, ce n’était qu’un mauvais rêve, il va donc pouvoir de nouveau rejoindre les bords de Vienne et retrouver ses chers amis. Dans quelques jours il pourra reprendre… la plume pour nous rédiger un nouvel épisode du chasseur d’images confiné. C’est vrai qu’en la matière il est le maître…
Jacques Dufour. novembre 2020

Un chasseur d’images amateur à la rentrée de septembre 2020

Au début du mois de septembre 2020, malgré l’attrait pour le suivi du Tour de France à la télévision, le chasseur d’images amateur poursuit l’observation de la faune fréquentant les abords du site de la Manu. Après un mois d’août axé sur le canal de décharge de l’usine EDF, il lui faut migrer sur les bords de la Vienne entre les ponts Camille de Hogues et Henri IV, suivant ainsi le mouvement des oiseaux. De façon quotidienne, il parcourt ainsi les quais du 11 novembre et des Martyrs de la Résistance, voies bordées d’arbres bruissant du chant des corneilles et des étourneaux.

La fin du mois d’août est marquée par le retour de certains volatiles et le départ des migrateurs. Le 22 août, une deuxième aigrette revient dans le coin. Le 25 août, un cygne se manifeste en amont du pont Henri IV. Détaché en éclaireur, il sera bientôt rejoint par une femelle puis par un autre couple. La présence d’un deuxième héron est notée le 30 août. Il se différencie du premier par le haut des ailes blanc au lieu de noir. Une fine huppe noire distingue l’oiseau adulte. Quelques cormorans s’installent à l’ouest du terre-plein central de l’usine et intensifient la pêche dans la zone de réserve entre le barrage EDF et le pont Henri IV. Ils ne sont pas les seuls à ne pas respecter cette interdiction.

L’absence des martinets est alors remarquée tandis que, le 30 août, les hirondelles des fenêtres font un dernier passage au-dessus de la rivière en aval de l’usine EDF. Le chevalier guignette, un temps discret, se manifestera le 2 septembre près du pont Henri IV en prolongeant son séjour châtelleraudais de quelques semaines.

A partir du 28 août, à la suite d’un assèchement important consécutif à la reprise des travaux sur le clapet oriental du déversoir quelques jours plus tôt, le canal de décharge est progressivement déserté. Les flaques d’eau n’accueillent plus les petits poissons, nourriture de certains : hérons et martins-pêcheurs notamment. Ne pouvant plus nager, les canards rejoignent le cours principal de la rivière. Après avoir tenu quelques jours, les poules d’eau et les ragondins quittent également les lieux, maintenant troublés par le bruit des marteaux-piqueurs. Seuls résistent les passereaux venant se désaltérer ou se baigner.

Une fois repérés à la base des piles du pont Henri IV, le 1er septembre, les martins-pêcheurs élargissent leur zone de prospection sans pouvoir être alors photographiés. Ils le seront plus tard à leur retour, le 11 septembre, au pied du déversoir où une mare s’est formée à la suite de l’édification d’un batardeau et en l’absence des ouvriers. Ils ne seront pas les seuls à en profiter : aigrettes, bergeronnettes, corneilles et poules d’eau les rejoindront en cette fin de semaine.

A compter du 3 septembre, les gros oiseaux se concentrent donc entre les deux ponts avec quatre cygnes, trois hérons, deux aigrettes, quelques poules d’eau et de nombreux canards.  Les colverts mâles y retrouvent progressivement leurs tons colorés. Les bergeronnettes s’y manifestent également le long du quai des Martyrs de la Résistance. Cygnes, hérons et aigrettes feront des excursions en aval du barrage EDF.

Une observation attentive des activités des uns comme des autres permet la saisie de quelques moments d’intimité, comme la toilette des cygnes, des colverts ainsi que des passereaux, voire d’instants spectaculaires avec des vols de concert de deux hérons, ponctués de cris stridents.

Avec la rentrée scolaire, les activités humaines reprennent sur les quais, à proximité de la Vienne. Le skate-park reste fréquenté par quelques adolescents non masqués. La place Ferdinand Buisson et le boulodrome de la promenade des Acadiens accueillent de nouveau les joueurs de pétanque, dispensés également du port du masque. Après la reprise des cours, le 3 septembre en milieu d’après-midi, quelques lycéens se retrouvent sous le tablier du pont Camille de Hogues pour arroser la rentrée. La circulation sur les ponts du centre-ville se densifie avec une présence accrue des bicyclettes. Un usage plus ou moins régulier des vélos de l’agglomération est fait par les jeunes.

Outre une assiduité certaine à suivre les étapes du Tour de France à la télévision, le photographe ne pourra résister au plaisir d’assister au passage de cette grande épreuve cycliste, le 10 septembre, à Chauvigny. Son objectif sera alors tourné vers les véhicules de la caravane et les coureurs.

Denis Lemaître

Un chasseur d’images amateur à nouveau confiné en août 2020

Au cours du mois d’août, à la suite de l’inflammation d’un genou, le chasseur d’images amateur se retrouve à nouveau confiné, mesure d’autant plus d’actualité durant la période de canicule du milieu de l’été. Survenue le 25 juillet, la douleur s’ajoute à un renforcement, à compter du 20, des mesures sanitaires avec le port du masque systématique dans les commerces.

Restreint quant à l’amplitude de ses déplacements pédestres à Châtellerault, le photographe se cantonne à l’examen quasi-quotidien de la Vienne entre l’usine hydroélectrique EDF et le pont Camille de Hogues.

Le 23 juillet 2020, le comportement agressif d’une poule d’eau a appelé son attention sur la présence d’un intrus dans le canal de décharge de l’usine. Un ragondin était poursuivi par l’oiseau alors qu’il s’était approché de trop près de l’un de ses petits. L’observation attentive des lieux permet la découverte d’une famille de quatre individus de cet herbivore, excellent nageur.

A partir du début août, à la moindre alerte, l’aigrette garzette, à nouveau seule, se réfugie dans un arbre dressé sur le terre-plein central de l’usine. Elle y rejoint pigeons et corneilles. Ces dernières y nichent en couples séparés.

A la mi-août, après un très court passage au début du mois, le chevalier guignette semble vouloir prendre ses quartiers pour la fin de l’été au déversoir.

Au milieu de l’été, la colonie de canards colverts compte une trentaine d’individus. En dehors des pigeons, elle est localement l’espèce la plus représentée. Les mâles ont perdu leur superbe avec leur plumage estival. Leur distinction pose alors quelques difficultés.

Aperçus le 15 août, les grands cormorans ne paraissent pas encore très décidés à rejoindre pour la fin de l’année le site de la Manu, en bord de Vienne. Les arbres du terre-plein central de l’usine leur serviront plus tard de dortoirs.

Le couple de martins-pêcheurs semble avoir définitivement abandonné la confluence de l’Envigne pour le canal en aval du déversoir EDF. Depuis les branches des végétaux recouvrant les petites îles rocheuses, ils peuvent à loisir exercer leur principale activité, le plongeon. S’il est possible de repérer le vol des deux flèches bleues, les photographier ensemble est un défi pas encore relevé.

Avec un effectif porté à cinq, les mouettes rieuses ont perdu leur capuchon sombre de la période nuptiale du début de l’été. Une tête pâle avec une tache sombre à la joue caractérise déjà le plumage hivernal.

Les plus nombreux localement, les pigeons bisets recouvrent régulièrement le versant oriental du terre-plein central du barrage. Ces oiseaux présentent différents plumages aux couleurs variées avec plusieurs tons de gris et de marron.

Un groupe de gallinules poules d’eau constitue la troisième espèce en importance, présente sur le site. Comptant déjà quelques juvéniles, au plumage plus clair, à la mi-juillet, il s’accroît de poussins, véritables boules de duvet d’où ressortent un bec rouge et des yeux énormes. La protection de ces derniers montre l’aptitude des femelles à se battre farouchement : un ragondin en a fait les frais.

Au début du mois d’août, au moment de la canicule, la rive droite de la Vienne, en amont du pont Camille de Hogues, voit les arbustes fréquentés par de nombreux passereaux à la recherche d’eau : moineaux, pinsons des arbres et verdiers. Ces populations, généralement abritées par les arbres de la place Camille de Hogues, comptent beaucoup de juvéniles un peu maladroits.

La constance du chasseur d’images, dans la fréquentation des bords de Vienne, intrigue quelques passants qui, par curiosité, échangent avec lui quelques mots. Des précisions leur sont données tout en leur faisant connaître son appartenance à la Société des Sciences de Châtellerault et en les invitant à consulter le site de l’association. Ces discussions ont lieu toujours dans un contexte sanitaire particulier imposant une certaine prudence. La distanciation physique est appliquée y compris à l’égard de quelques amis alors croisés.

Outre une alimentation hebdomadaire de sa page facebook, le photographe contribue régulièrement au recueil de données de l’application i-Naturalist avec plus de 80 observations enregistrées.

Denis Lemaître

Un chasseur d’images amateur déconfiné…

A partir du 11 mai 2020, sans avoir à remplir une attestation dérogatoire, le photographe amateur, confiné depuis le 17 mars, ressort, muni de son appareil photo, hors de l’enceinte de sa résidence.

Après avoir été contraint à des sorties épisodiques et limitées à une heure, dans un rayon d’un kilomètre autour de son domicile, le chasseur d’images reprend ses longues promenades quotidiennes dont l’intérêt des 10.000 pas est souligné par la faculté. Du fait d’un classement de la Vienne en zone verte, l’accès aux parcs est à nouveau possible, à l’exception des aires de jeunes. Cette restriction est incomprise de la part de quelques parents de jeunes enfants, n’hésitant pas à déplacer les barrières interdisant les jeux.

Maintenant, sans le souci du temps qui passe, toujours ponctué par la cloche russe de l’église Saint Jean-l’Evangéliste, il visite régulièrement quelques lieux où il est certain de trouver des oiseaux. Des espèces communes, photographiées dans la résidence, s’y retrouvent en compagnie d’autres, perdues de vue pendant deux mois, voire plus. La présence d’un pic vert, picorant la pelouse du centre aquatique, marque notamment ce changement. Un pic épeiche, des linottes mélodieuses et d’autres feront de même.

Principalement justifiées par des besoins domestiques (surtout alimentaires) au cours de la première partie du printemps, les sorties actuelles, plus sportives, sont centrées sur la recherche des oiseaux. Trois lieux sont particulièrement prospectés : le square Gambetta, le déversoir en aval du barrage EDF, bordé par le quai du 11 novembre, et la place Camille de Hogues. Ces endroits étaient interdits à la déambulation pendant le confinement. Lors de passages plus aléatoires au jardin du directeur (site de la Manu également interdit pendant le confinement), l’absence des martins-pêcheurs est notée. Une brève apparition, le 6 juin, au bord du déversoir, pourrait signifier leur retour.

Au début juin, un couple de cygnes tuberculés est également de retour au milieu du plan d’eau, recouvert de renoncules d’eau, entre les ponts Camille de Hogues et Henri IV. Ils ont été précédés dans la place, depuis plus d’un mois, par un héron cendré se déplaçant lentement en eau peu profonde, des hirondelles, constamment en mouvement, et des bergeronnettes grises et des ruisseaux (jaunes). Quelques corbeaux, attirés par la carcasse d’un gros poisson, les rejoignent à la fin de la première semaine de juin.

Le square Gambetta, avec sa mare, est le refuge d’une colonie de canards colverts. Cette espèce, absente de la résidence du photographe, s’est manifestée dans le centre-ville. Le 4 mai 2020, en début d’après-midi, un couple s’est promené place Emile Zola sous la surveillance d’un chat interloqué. Comme au déversoir de la Vienne, ces canards s’y réveillent tardivement en milieu de matinée. Les premiers visiteurs du parc les voient alors se précipiter vers eux dans l’espoir d’un petit-déjeuner, certes interdit, mais copieux. Moineaux, merles noirs, bergeronnettes, rougequeues et accenteurs mouchets se joignent au banquet, alors qu’une tourterelle turque et un geai des chênes récupèrent des brindilles pour leur nid.

Au déversoir, le 23 mai 2020, une famille colvert est remarquée sur l’eau. Neuf canetons accompagnent les adultes. Une quinzaine de jours plus tard, seuls deux petits restent visibles. Dure loi de la sélection naturelle, des prédateurs ont dû prélever leur part sur la couvée. Nombreux à cet endroit comme les pigeons bisets, les canards y vivent en compagnie de quelques poules d’eau, corbeaux, étourneaux et bergeronnettes. A leur présence ordinaire à cet endroit, s’ajoute le passage irrégulier de quelques migrateurs dont un chevalier gambette repéré, à la fin du mois de mai. Son identification est confirmée au photographe par un ami, membre de la LPO, initialement sceptique quant à sa pertinence. Bien que très court, le séjour de cet oiseau n’a pas été apprécié par l’une des poules d’eau, l’empêchant par ses attaques de se nourrir dans le calme. Localement présents au cours de l’hiver, les cormorans, mouettes rieuses et autres aigrettes ont disparu.

Voisine du déversoir et bordée par le même quai, la place Camille de Hogues offre l’abri de ses arbres à quelques passereaux comme les verdiers d’Europe et les pinsons des arbres particulièrement actifs en fin de matinée, leurs chants facilitant leur repérage. S’y camouflent également pigeons ramiers et tourterelles turques. A proximité, dans les rues adjacentes, se manifestent des rougequeues, inquiets de la présence d’un chat, et des linottes, perchées sur les fils électriques. Des chardonnerets partagent ce perchoir tandis que des choucas des tours occupent le sommet des cheminées.

Bien sûr, ces promenades solitaires, des première et deuxième phases de déconfinement, ont été réalisées dans le plus strict respect des règles sanitaires : port du masque (il faut s’y habituer), distanciation physique lors des quelques rencontres fortuites, mouchoirs en papier et fiole de gel antibactérien dans la poche.

Au début de la deuxième phase, des lieux publics sont d’ailleurs spécialement aménagés avec un sens de circulation comme sur l’île Cognet (découvert le 6 juin) assorti de consignes sanitaires affichées dès la passerelle d’accès.

La prospection de cette île et d’autres endroits de la ville plus éloignés (les abords des ponts Lyautey et de Loudun) pourrait faire l’objet d’un nouvel article. Outre les oiseaux, des photographies de papillons pourraient l’illustrer.

Depuis près d’un mois, le chasseur d’images a ainsi repris ses promenades quotidiennes lui permettant maintenant d’approvisionner de façon hebdomadaire sa page Facebook.

Denis LEMAITRE

 

Une version illustrée est consultable sur l’espace privé.

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